Les jardiniers avertis le savent bien : le figuier compte parmi les arbres fruitiers les plus généreux du verger. Sa multiplication par bouturage durant la période hivernale représente une technique ancestrale qui permet d’obtenir de nouveaux plants sans investir le moindre euro en jardinerie. Entre novembre et mars, lorsque l’arbre entre en dormance, les conditions sont idéales pour prélever des boutures et constituer rapidement une collection de figuiers aux variétés diverses. Cette méthode simple et efficace s’appuie sur la capacité naturelle du figuier à développer des racines à partir de simples fragments de branches.
Pourquoi multiplier le figuier en hiver ?
La période de dormance, un atout majeur
Le repos végétatif constitue le moment privilégié pour bouturer le figuier. Durant cette phase, la sève descend et l’arbre concentre ses réserves dans les tissus ligneux. Les boutures prélevées entre novembre et mars bénéficient ainsi d’une meilleure concentration en éléments nutritifs, ce qui favorise considérablement leur enracinement. L’absence de feuilles limite également la transpiration et réduit les risques de dessèchement des boutures.
Des conditions climatiques favorables
L’humidité ambiante naturellement plus élevée en hiver crée un environnement propice au développement racinaire. Les températures fraîches mais non gélives permettent une évolution progressive des boutures sans stress hydrique excessif. Cette période offre également l’avantage de préparer les plants pour qu’ils soient opérationnels dès le retour des beaux jours.
| Période | Taux de réussite | Délai d’enracinement |
|---|---|---|
| Novembre-Décembre | 75-85% | 8-12 semaines |
| Janvier-Février | 80-90% | 6-10 semaines |
| Mars | 70-80% | 5-8 semaines |
Cette technique ancestrale s’avère donc particulièrement adaptée à la biologie du figuier, permettant aux jardiniers de multiplier leurs arbres dans les meilleures conditions possibles.
Les étapes pour réussir la multiplication
Le prélèvement des boutures
La première étape consiste à sélectionner des rameaux sains sur un figuier productif. Munissez-vous d’un sécateur propre et désinfecté pour effectuer des coupes nettes. Chaque bouture doit mesurer entre 20 et 30 centimètres de longueur et présenter un diamètre compris entre 1 et 2 centimètres. La coupe inférieure s’effectue en biseau juste sous un bourgeon, tandis que la coupe supérieure reste droite, à environ 1 centimètre au-dessus d’un œil.
La préparation avant plantation
Une fois les boutures prélevées, plusieurs options s’offrent au jardinier :
- Tremper la base dans de l’hormone de bouturage pour stimuler l’enracinement
- Laisser sécher la coupe quelques heures pour former un cal cicatriciel
- Supprimer les bourgeons du tiers inférieur pour concentrer l’énergie sur la formation des racines
- Conserver les 2 ou 3 bourgeons supérieurs pour le développement aérien futur
La mise en place
Les boutures peuvent être plantées directement en pleine terre dans les régions aux hivers doux, ou en pot sous abri dans les zones plus froides. Enfoncez les deux tiers de la bouture dans le substrat, en veillant à ce qu’au moins deux bourgeons restent enterrés. Tassez légèrement la terre autour de la tige et arrosez modérément pour assurer un bon contact entre le bois et le substrat.
Après cette installation minutieuse, le choix des boutures appropriées déterminera en grande partie le succès de l’opération.
Choisir les bonnes boutures
Identifier les rameaux productifs
Les meilleures boutures proviennent de branches de l’année précédente, reconnaissables à leur écorce lisse et leur couleur gris-brun. Privilégiez les rameaux bien aoûtés, c’est-à-dire ceux dont le bois s’est suffisamment lignifié. Évitez les branches trop jeunes et vertes, ainsi que les vieux bois trop épais qui s’enracinent difficilement. Les tiges droites et vigoureuses offrent les meilleures garanties de reprise.
Les critères de sélection
Un examen attentif du matériel végétal s’impose avant tout prélèvement. Recherchez des caractéristiques précises :
- Absence totale de maladies ou de parasites
- Bourgeons bien formés et régulièrement espacés
- Bois ferme au toucher, sans parties molles
- Écorce intacte, sans blessures ni cicatrices importantes
- Provenance d’un arbre productif aux fruits savoureux
La qualité du substrat dans lequel ces boutures seront installées jouera ensuite un rôle déterminant dans leur développement racinaire.
L’importance du substrat
La composition idéale
Le figuier apprécie un substrat à la fois drainant et nutritif. Le mélange optimal combine plusieurs éléments complémentaires : un tiers de terreau universel, un tiers de sable de rivière et un tiers de compost bien décomposé. Cette composition garantit un drainage efficace tout en apportant les nutriments nécessaires au développement des jeunes racines. Pour les plantations en pot, l’ajout de perlite améliore encore la structure du substrat.
Le drainage, facteur clé de réussite
L’excès d’humidité représente le principal ennemi des boutures de figuier. Un substrat trop compact favorise le pourrissement des tissus avant même l’apparition des premières racines. Assurez-vous que les contenants disposent de trous de drainage suffisants et installez une couche de billes d’argile ou de graviers au fond des pots. Cette précaution simple évite la stagnation de l’eau et préserve la santé des boutures.
| Composant | Proportion | Fonction |
|---|---|---|
| Terreau | 33% | Rétention d’eau et nutriments |
| Sable | 33% | Drainage et aération |
| Compost | 33% | Enrichissement organique |
Une fois les boutures installées dans leur substrat optimal, un suivi régulier jusqu’au printemps garantira leur bon développement.
Entretien et soins jusqu’au printemps
L’arrosage mesuré
Durant la phase d’enracinement, le substrat doit rester légèrement humide sans jamais être détrempé. Un arrosage hebdomadaire suffit généralement en hiver, à adapter selon les conditions climatiques locales. Vérifiez l’humidité en enfonçant votre doigt dans le substrat : si celui-ci reste frais à 2 centimètres de profondeur, l’arrosage n’est pas nécessaire. L’excès d’eau provoque la pourriture des tissus, tandis qu’un manque dessèche les boutures.
La protection contre le gel
Les boutures de figuier tolèrent des températures légèrement négatives, mais nécessitent une protection lors des gelées intenses. Plusieurs solutions existent :
- Installer les pots dans une serre froide ou un châssis vitré
- Pailler généreusement la base des boutures en pleine terre
- Envelopper les contenants de voile d’hivernage lors des vagues de froid
- Placer les pots contre un mur exposé au sud pour bénéficier de la chaleur résiduelle
La surveillance régulière
Inspectez vos boutures toutes les deux semaines pour détecter d’éventuels problèmes. Retirez immédiatement toute partie qui présenterait des signes de moisissure ou de dessèchement. L’apparition de nouveaux bourgeons au printemps constitue le signe encourageant d’un enracinement réussi. Patience et observation permettent d’ajuster les soins selon l’évolution de chaque bouture.
Ces attentions quotidiennes peuvent être complétées par quelques techniques éprouvées pour optimiser encore davantage le taux de réussite.
Astuces pour maximiser les résultats
L’effet de serre artisanal
Créer un microclimat humide autour des boutures accélère considérablement l’enracinement. Recouvrez les pots d’une bouteille en plastique transparent coupée ou d’un sac plastique perforé. Cette mini-serre maintient une hygrométrie élevée tout en laissant circuler l’air. Aérez régulièrement pour éviter la condensation excessive qui favoriserait les champignons pathogènes.
La multiplication des variétés
Ne vous limitez pas à une seule variété de figuier. Profitez de cette période pour multiplier différents cultivars :
- Des variétés bifères produisant deux récoltes annuelles
- Des figuiers adaptés aux climats froids pour les régions septentrionales
- Des cultivars aux fruits particulièrement sucrés ou colorés
- Des variétés anciennes et rustiques préservant la biodiversité
Le repérage et l’étiquetage
Identifiez systématiquement chaque bouture avec une étiquette mentionnant la variété, la date de prélèvement et l’arbre d’origine. Cette traçabilité permet de comparer les performances des différents cultivars et de sélectionner les plants les plus vigoureux. Notez également vos observations dans un carnet de jardin pour capitaliser sur votre expérience d’une année sur l’autre.
La multiplication hivernale du figuier représente une technique accessible qui transforme chaque jardinier en véritable producteur de plants. Cette méthode économique et écologique permet de constituer rapidement un verger diversifié en exploitant simplement les ressources disponibles. Les boutures prélevées entre novembre et mars bénéficient des conditions optimales pour développer un système racinaire robuste avant l’arrivée du printemps. Avec un substrat adapté, des soins mesurés et quelques astuces simples, le taux de réussite atteint couramment 80%. Cette pratique perpétue un savoir-faire traditionnel tout en offrant la satisfaction de voir prospérer des arbres issus de ses propres mains.



